L'HOMME DE SCIENCE

Jean Gagnepain est né en 1923, à Sully-sur-Loire ; il est décédé en 2006 à Montpeyroux (Dordogne).

 


De formation à la fois littéraire et scientifique, agrégé de grammaire, il s'oriente vers l’étude du langage sous la direction de Joseph Vendryes ; il part une dizaine d’années en Irlande étudier les langues celtiques, et son séjour à Dublin se conclut par une thèse de doctorat sur la syntaxe du nom verbal en irlandais.


Nommé Professeur à l’Université de Rennes en 1958, il y fait tout le reste de sa carrière. La rencontre avec Olivier Sabouraud, professeur à la faculté de médecine de Rennes et chef du service de neurologie du CHU de Rennes, est décisive, et les travaux qu’il mène avec lui sur l’aphasie, le conduisent à procéder à une « « révolution » épistémologique dans la manière d'envisager et d'aborder les phénomènes humains.


À partir de l’enseignement de Saussure et de Hjelmslev, Jean Gagnepain avec Olivier Sabouraud, confronte l’étude du langage aux pathologies qui l’affectent, et notamment à l’aphasie qui apparaît comme le trouble cardinal du langage ; il est ainsi amené à passer d’une approche globalisante du langage à une approche « déconstruite ».

 

Il évoque lui-même son parcours :

« J'ai commencé par des études de mathématiques ; ensuite, je suis passé à la philosophie. De là, j'ai fait des lettres classiques, puis j’ai fini par sombrer dans la linguistique. Autrement dit, c'est un parcours qui semblerait témoigner d'une certaine instabilité qu’[on] appellerait maintenant de la « pluridiscipline » […]

Ceci dit, il est évident que ce parcours a influé sur ma manière de voir les choses, et que mon passé scientifique m'a fait spécialement souffrir d'un milieu littéraire dont je partageais les intérêts, mais qui en traitait, à mon avis,  d'une manière tellement désinvolte, voire poétique, que je ne pouvais pas me contenter de l'idée qu'on se faisait des phénomènes de culture, des phénomènes humains et en particulier du langage.; puisqu'à cette époque — et même encore maintenant, pour beaucoup —, le langage était la caractéristique de l'humain. Il m'a donc fallu, pour échapper à cette littérarité […] essayer de trouver une manière de parler moins empiriquement et moins descriptivement du langage. La seule manière que nous ayons trouvée […] c'est de vérifier cliniquement les dissociations que, nous posions » (*)

 

Ceci le conduit à formuler de manière radicalement nouvelle une théorie de la rationalité, théorie qui tient que toute dissociation, tout concept qu’elle formule doivent se trouver pathologiquement attestés et cliniquement vérifiés. À partir de cette approche clinique du langage, Jean Gagnepain  élabore progressivement un modèle théorique qui a pour ambition de renouveler tout le champ des sciences humaines. 


Il en expose les principes et leur genèse d'abord dans ses séminaires hebdomadaires qui se déroulent sur plus de trente ans, et qui attirent  en grand nombre, non seulement des étudiants, doctorants ou non, mais aussi  des collègues universitaires du Grand Ouest, et ensuite dans son ouvrage en trois volumes sous le titre : « Du Vouloir Dire. Traité d’épistémologie des Sciences Humaines » (voir la bibliographie téléchargeable).


Il donne à ce modèle le nom de « théorie de la médiation » qui est une théorie de la rationalité considérée comme mode spécifique d'accès à l'humain, à la culture, par le réaménagement de l'hominidé que naturellement il est, dans l'homme que culturellement il devient, selon quatre plans que la clinique a permis de mettre en évidence.

 

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